Difficile d’imaginer un numéro spécial fête du Vaudou, sans une interview de la plus grande autorité de cette religion aux 50 millions d’adeptes. Ceci étant, nous nous sommes rendus à Ouidah, précisément au palais de sa Majesté Daagbo Hounou II. Surnommé le pape du Vaudou, il est également membre du comité international indigenious de Chicago et du comité de dialogue et de médiation de coopération et de confessions religieuses au Bénin et commissaire de l’IFAPA. C’est avec beaucoup de plaisir et de courtoisie que le leader international du vodou nous a offert le privilège d’une interview exclusive.

Q : Bonjour sa Majesté, veuillez bien vous présenter à nos abonnés svp

R : On m’appelle Sa Majesté Dada Daagbo Hounon Houna 2, Chef Spirituel Suprême du Vaudou, Roi des mers et des océans, Président de la plateforme nationale des structures religieuses engagées pour la promotion de la santé au Bénin, vivant à Ouidah ville berceau du vaudou.

Q : En tant que Chef Spirituel Suprême du culte vaudou, quelles sont vos missions, quel est votre rôle ?

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R : J’ai à ma charge la coordination du vaudou au Bénin et à travers le monde.

Q : Quelles sont les difficultés majeures auxquelles vous êtes confronté depuis votre accession au trône ?

R : Lorsqu’on est sur les traces des ancêtres, c’est une acceptation de la mission. Si on accepte la mission, c’est parce qu’on tient à la chose, on a l’amour à la chose. D’ailleurs, la vie c’est un enchevêtrement de faits heureux et malheureux et lorsqu’ils arrivent, il faut les prendre, les analyser, tirer des leçons pour l’avenir. C’est pour dire qu’une personne progressiste ne parle pas de difficultés, mais cherche toujours de solutions.

Q : Quelle est aujourd’hui la place qu’occupe le Vaudou dans notre pays ?

R : Le vaudou n’est pas venu d’ailleurs, il est authentiquement africain et spécifiquement béninois. Pendant longtemps, même en Afrique on parlait de fétiche tandis qu’on parle de vaudou dans le nouveau monde. Ce n’est qu’après le 1er symposium (28mai au 1er juin 1991) sur le culte vaudou, que le mot fétiche a été définitivement éradiqué pour laisser place au terme vaudou. Malgré des siècles de persécution, le vaudou a continué sa marche en avant, au point où le Bénin ait institué une fête nationale du Vaudou. Le vaudou est à la fois une religion pour nous, à la fois notre spiritualité et à la fois notre culture.

Q : Pour cette 28ème édition de la fête du Vaudou, quelles sont les activités qui ont été prévues ?

R : Avec cette pandémie du coronavirus qui est arrivée a ralenti et a bouleversé, nous avons placé cette édition sous le thème de l’éradication de cette pandémie. Quant au programme dans sa globalité, sera communiqué dans la dernière semaine du mois de Décembre, puisque par rapport au coronavirus qui exige un certain nombre de règles préventives, nous sommes entrain de voir comment l’organiser. C’est pour cette raison que le programme n’est pas encore définitif. Je peux malgré tout vous informer que le 9 janvier, il y aura le lancement de la fête à Allada par le roi d’Allada. Le 10 ça se passera ici (Ouidah) comme d’habitude. Mais où faire les manifestations ? Avec la place de la Porte du Non Retour qui est en chantier, nous sommes encore entrain de voir. Le 11, le 12 et le 13 nous allons nous déplacer vers d’autres communes. Un programme spécifique est également prévu pour les gens qui viendront des autres pays et continents.

Q : Comment le culte Vaudou vit la pandémie du coronavirus ?

R : Vous savez nous garants de la tradition pensons qu’il y a plus de peur que de mal. Ce n’est pas la première fois que se produit ce genre de chose ! Dans un passé récent, nous avons eu le Choléra, la fièvre lassa, la fièvre Lassa et d’autres maladies également ! Quand une nouvelle maladie émerge, les garants de la tradition se réunissent pour détecter les causes afin de trouver les remèdes qu’il faut pour l’éradiquer. C’est alors que nous avons procédé à la consultation de Fâ pour comprendre ce qui a provoqué le coronavirus et avec les révélations nous faisons les rituels conséquents. Toute cérémonie est une solution à une situation donnée.

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Q : Selon vous, quelles actions il est essentiel de mener afin de combattre l’idée d’assimiler la sorcellerie au Vaudou ?

R : Je crois que nous avons déjà dépassé cette étape coloniale faite de préjugés sur le vaudou. Que ceux qui veulent rendre plus bas le vaudou continuent à le faire ! D’ailleurs si le vaudou était de la sorcellerie, est-ce que le Bénin autoriserait une fête nationale du vaudou ? Non ! Malgré des siècles de persécutions, le vaudou continue sa marche en avant. Le petit poucet est déjà devenu grand.

Q : Depuis la constitutionnalisation de la Chefferie Traditionnelle par les députés, votre statut a-t-il évolué ? Il y a-t-il des progrès au niveau de vos conditions de vie ?

R : Avec le gouvernement actuel, il existe un projet surnommé « la route des couvents ». Reconnaître la chefferie traditionnelle n’est que justice faite par le gouvernement actuel. Si les autres ont de l’or ou du diamant, ici nous avons le vaudou qui peut nous apporter un plus et c’est logique que le gouvernement insère la reconnaissance de la chefferie traditionnelle dans les livres de la constitution.

Q : Comment se passe la succession des Grands Prêtres traditionnels ?

R : La succession ne se fait pas en public, le vaudou est une affaire de famille, une affaire de clan. Et ce n’est pas qui veut qui est élu mais plutôt qui est choisi par les esprits. Le pouvoir c’est la chose des humains et il est impossible d’interdire à quelqu’un d’avoir cette ambition, alors tous les membres de la famille peuvent prétendre à ce titre de chef spirituel suprême du vaudou. Cependant c’est aux esprits d’en décider.

Q : Quel œil portez-vous sur le secteur culturel au Bénin ?

R : Le secteur culturel au Bénin est vivant, il est animé. Le secteur culturel est en marche.

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Q : Sa Majesté est-il fan de musique ? Si oui, quels sont les artistes béninois qu’il aime bien écouter ?

R : Rien qu’avec la musique on peut guérir, rien qu’avec la musique on peut chasser le coronavirus. Mais je n’aimerais pas la musique moderne nous fasse perdre notre culture. Nous ne devons pas abandonner nos valeurs pour d’autres choses. C’est en cela que je salue l’initiative d’un groupe ici à Ouidah qui a instauré une formation sur les danses traditionnelles.

Q : Quels sont vos vœux envers le peuple béninois pour cette nouvelle année qui commence ?

R : On n’attend pas 12 mois pour formuler des vœux, nous en formulons tous les jours. Les vœux sont permanents et nous avons à cœur la santé, la réussite, le succès, le bien-être physique, mental et économique de la population. Je formule également des vœux de bon succès, de longévité, de prospérité et surtout de tolérance, de l’acceptation de l’autre, de sa différence et l’humilité.

Q : Votre mot de fin

R : Je souhaite bon succès à ce magazine qui s’intéresse à la culture, à toute l’équipe qui travaille autour du magazine. Qu’ils continuent leur travail, sans s’écarter de nos traditions en prenant exemple sur les idées géniales du gouvernement actuel.

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