{"id":16583,"date":"2024-03-07T11:14:24","date_gmt":"2024-03-07T10:14:24","guid":{"rendered":"https:\/\/bluediamondtv.com\/?p=16583"},"modified":"2024-03-07T11:14:24","modified_gmt":"2024-03-07T10:14:24","slug":"traite-des-personnes-au-benin-le-drame-des-serveuses-de-bars","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/bluediamondtv.com\/?p=16583","title":{"rendered":"TRAITE DES PERSONNES AU B\u00c9NIN : LE DRAME DES SERVEUSES DE BARS"},"content":{"rendered":"<p><em><strong><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-16584 alignleft\" src=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1-300x196.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1-300x196.jpg 300w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1-1024x670.jpg 1024w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1-200x131.jpg 200w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1-768x503.jpg 768w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1-480x314.jpg 480w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B1.jpg 1300w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Consid\u00e9r\u00e9es comme une main d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re sous-cot\u00e9e, <span style=\"color: #3366ff;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/www.monemploi.com\/metiers-et-professions\/fiche\/serveur-de-bar#:~:text=Personne%20qui%20pr%C3%A9pare%20et%20sert,et%20de%20g%C3%A9rer%20l'inventaire.\">les serveuses de bars<\/a> <\/span>au B\u00e9nin notamment \u00e0 Cotonou et environs, exercent dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9, de pr\u00e9carit\u00e9. Recrut\u00e9es en provenance majoritairement de pays voisins par l\u2019interm\u00e9diaire de personnes interpos\u00e9es appel\u00e9es \u201cd\u00e9marcheurs\u201c et sur fond de tromperie, elles sont victimes de la traite des personnes au B\u00e9nin.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>Elles se retrouvent victimes de toutes sortes d\u2019abus et de violences en exer\u00e7ant dans les d\u00e9bits de boissons. Viols, <strong><span style=\"color: #3366ff;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/www.ohrc.on.ca\/fr\/le-harc%C3%A8lement-sexuel-dans-le-domaine-de-l%C3%A9ducation-brochure#:~:text=Le%20harc%C3%A8lement%20sexuel%20est%20une,plein%20potentiel%20dans%20la%20vie.\">harc\u00e8lement sexuel<\/a><\/span><\/strong>, violences physiques et verbales \u00e0 caract\u00e8re sexuel,<strong><span style=\"color: #3366ff;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prostitution_forc%C3%A9e\"> prostitution forc\u00e9e<\/a><\/span><\/strong>\u2026Tel est le quotidien de ces filles venues majoritairement du Togo et du Nig\u00e9ria. Enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Jocelyne (1) la vingtaine environ, est serveuse dans l\u2019un des bars (d\u00e9bit de boissons) les plus fr\u00e9quent\u00e9s du quartier Sik\u00e8codji en plein c\u0153ur de la ville de Cotonou (capitale \u00e9conomique du B\u00e9nin). Rencontr\u00e9e un soir du mois d\u2019avril 2023, elle confie \u00eatre dans un dilemme : partir du bar-restaurant sans percevoir un franc de ses quatre mois de salaire ou rester et se plier aux conditions du promoteur.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e dans ce bar au mois de d\u00e9cembre 2022, par le biais d\u2019un <strong><span style=\"color: #3366ff;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/dictionnaire.lerobert.com\/google-dictionnaire-fr?param=d%C3%A9marcheur\">d\u00e9marcheur<\/a><\/span><\/strong>, il lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 une p\u00e9riode d\u2019essai d\u2019un mois. P\u00e9riode \u00e0 l\u2019issue de laquelle, le g\u00e9rant du bar lui a notifi\u00e9 son salaire mensuel. Mais elle a d\u00fb servir un, deux, trois et finalement quatre mois sans percevoir de salaire. Quand elle plaida pour le paiement de son d\u00fb aupr\u00e8s du promoteur, la r\u00e9ponse de celui-ci la laissa \u00e9bahie, sans voix : \u201cIl m\u2019a cri\u00e9 dessus en m\u2019accusant de ne rien faire pour accroitre le rendement du bar. En fait, il veut que je me prostitue comme les autres serveuses pour rentabiliser les chambres de passage du bar-restaurant. C\u2019est ce que je ne voulais pas faire quand j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 il y a un mois de rejoindre le service restauration du bar\u201c nous confie Jocelyne, en larmes.<\/p>\n<p>En effet, le bar-restaurant est con\u00e7u comme un complexe comportant des chambres de passage. Et chaque serveuse doit s\u00e9duire les clients et s\u2019offrir \u00e0 ceux-ci moyennant la somme de mille francs CFA (1,52 euros) pour les caisses du bar. Si la serveuse exc\u00e8de plus d\u2019une heure avec le client dans la chambre de passe, la facture augmente et c\u2019est le g\u00e9rant qui d\u00e9cide du co\u00fbt.<\/p>\n<p>Jocelyne se l\u00e8ve pour servir un client et nous d\u00e9cidons d\u2019entrer dans le bar. Une jeune fille qui se nomme Awa s\u2019approche et prend notre commande. Un court instant apr\u00e8s, nous voil\u00e0 servis. Elle se propose de nous tenir compagnie. Malgr\u00e9 notre indiff\u00e9rence, elle insiste tout en nous faisant savoir que c\u2019est la r\u00e8gle. Elle prend place et commence la pr\u00e9sentation du bar : \u201cIci, vous avez tout \u00e0 votre disposition. Si vous d\u00e9sirez de la nourriture, cela est disponible et je suis aussi disponible pour vous mettre bien. C\u2019est seulement 1000Fcfa la chambre et moi-m\u00eame, vous me donnez 3000Fcfa seulement\u201c.<\/p>\n<p>La <strong><span style=\"color: #3366ff;\">chambre de passage<\/span><\/strong> offre une discr\u00e9tion, rassure-t-elle. Il suffit de faire semblant d\u2019aller aux toilettes du bar pour s\u2019y retrouver et la serveuse vous rejoint apr\u00e8s avoir inform\u00e9 le g\u00e9rant. Rassur\u00e9e et mise en confiance durant notre conversation, elle d\u00e9cide de se confier. De nationalit\u00e9 togolaise, Awa n\u2019\u00e9tait pas une travailleuse de sexe ou encore une \u201cfille de joie\u201c avant de rejoindre ce bar, il y a plus de six mois. Selon elle, elle reste toujours une serveuse de bar, rien de plus. Orpheline de p\u00e8re, elle \u00e9tait \u00e0 la qu\u00eate d\u2019une source de revenus pour subvenir \u00e0 ses besoins et aider sa famille quand une tante lui parla de la possibilit\u00e9 de se faire de l\u2019argent au B\u00e9nin. \u201cOn m\u2019a dit qu\u2019un monsieur (un d\u00e9marcheur) pourrait venir nous chercher pour nous amener au B\u00e9nin et nous trouver du travail \u00e0 Cotonou\u201c. C\u2019est ainsi qu\u2019Awa s\u2019est retrouv\u00e9e dans ce bar.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019on lui avait promis une r\u00e9mun\u00e9ration mensuelle, elle ne per\u00e7oit rien durant les trois premiers mois et parvient \u00e0 peine \u00e0 se nourrir. \u201cC\u2019est une chance pour toi d\u2019\u00eatre ici. \u00catre serveuse, c\u2019est savoir profiter des clients. Regarde les autres serveuses, tu ne vois pas qu\u2019elles ne manquent jamais d\u2019argent ?\u2019\u2019, lui aurait lanc\u00e9 le g\u00e9rant alors qu\u2019elle r\u00e9clamait une partie de ses salaires. Et Awa de poursuivre : \u201cQuand je regarde d\u2019o\u00f9 je viens, vous voulez que je fasse quoi, alors m\u00eame que je n\u2019ai plus jamais revu le monsieur (le d\u00e9marcheur) qui m\u2019a amen\u00e9e \u00e0 Cotonou et dans ce bar\u2019\u2019. Elle esp\u00e8re un jour se faire assez d\u2019argent pour retourner aupr\u00e8s de sa famille. Un de ses \u201canciens clients\u2019\u2019 a besoin d\u2019elle et elle prend cong\u00e9 de nous.<\/p>\n<p>\u201cIl n\u2019y pas d\u2019\u00e9cole pour vous former \u00e0 devenir travailleuse de sexe, ce sont les circonstances de la vie qui vous conduisent sur des sentiers inattendus\u2019\u2019, nous lance Annick, une autre serveuse qui a \u00e9cout\u00e9 notre conversation avec Awa.<\/p>\n<p>Autour de nous, Jocelyne, visiblement ext\u00e9nu\u00e9e, somnole d\u00e9j\u00e0, elle qui sait comment m\u00e9riter sa paie mensuelle. Quant \u00e0 Dorcas, elle venait d\u2019accoucher quand elle a rejoint le bar par le biais d\u2019un d\u00e9marcheur. Le responsable de sa grossesse n\u2019est pas connu et le nouveau-n\u00e9 ignore tout de son g\u00e9niteur. \u201cJe travaillais dans un bar \u00e0 Calavi (d\u00e9partement de l\u2019Atlantique, \u00e0 18 kms de Cotonou) et je devais me laisser faire avec le g\u00e9rant pour avoir mon salaire. Durant cette p\u00e9riode, le g\u00e9rant a fait aussi pression sur moi pour passer la nuit avec un client, un de ses amis\u2026 Finalement, les deux ont refus\u00e9 de reconnaitre la grossesse\u2019\u2019 regrette Jocelyne. La jeune femme a renonc\u00e9 alors \u00e0 sa vie de serveuse de bar et a entam\u00e9 une formation en p\u00e2tisserie gr\u00e2ce \u00e0 un parent.<\/p>\n<p>Au B\u00e9nin, les serveuses de bar exercent non seulement dans des conditions pr\u00e9caires mais se retrouvent victimes d\u2019une exploitation sexuelle et \u00e9conomique. Majoritairement immigr\u00e9es, elles viennent g\u00e9n\u00e9ralement du Togo, du Nig\u00e9ria et quelques-unes du Ghana. Elles sont souvent h\u00e9berg\u00e9es par les promoteurs de bars car n\u2019ont ni abri ni famille \u00e0 proximit\u00e9. Toutes choses qui les mettent dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9 dans l\u2019exercice de leur m\u00e9tier. Elles sont per\u00e7ues comme des objets sexuels \u00e0 la merci des clients mais aussi du g\u00e9rant du bar et du promoteur. Le cas de Jocelyne est loin d\u2019\u00eatre isol\u00e9.<\/p>\n<p>Hortense, de nationalit\u00e9 togolaise, n\u2019a que 17 ans ; elle est serveuse dans un bar non loin de la place de l\u2019Etoile rouge \u00e0 Cotonou. M\u00e8re d\u2019un enfant dont elle nous dit, dans un premier temps, ignorer le p\u00e8re, Hortense est arriv\u00e9e au B\u00e9nin en compagnie de sa maman, travailleuse domestique dans un restaurant. Coup du sort, elle perd sa maman et se retrouve livr\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 16 ans seulement. Elle finit par nous dire que l\u2019auteur de sa grossesse n\u2019\u00e9tait autre que le fils de la patronne de sa d\u00e9funte m\u00e8re (ce qui provoqua son renvoi de la maison).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-16585 alignleft\" src=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-300x110.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"110\" srcset=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-300x110.jpg 300w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-1024x377.jpg 1024w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-200x74.jpg 200w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-768x283.jpg 768w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-1536x565.jpg 1536w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4-480x177.jpg 480w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B4.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>\u201cC\u2019EST UN BON PRODUIT, ON PRENDRA SOIN D\u2019ELLE\u2019\u2019<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, dans ce bar de la place de l\u2019Etoile rouge, sa situation est loin de s\u2019am\u00e9liorer. A 20 heures, le bar s\u2019anime et d\u2019une table \u00e0 une autre, chaque client peut se permettre quasiment tout avec Jocelyne, des attouchements sexuels \u00e0 des demandes d\u00e9plac\u00e9es. La jeune m\u00e8re s\u2019y plie avec un sourire, malgr\u00e9 elle. Un client vient d\u2019arriver et exige qu\u2019elle s\u2019asseye \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Elle s\u2019ex\u00e9cute et l\u2019homme, d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, se permet de l\u2019enlacer sans qu\u2019elle ne s\u2019y oppose. La cloche sonne et elle doit rejoindre une autre table avec d\u2019autres clients. Alors que l\u2019un la prend par la hanche, un autre lui tapote les fesses et lance : \u201cc\u2019est un bon produit, on prendra soin d\u2019elle\u2019\u2019. Un court instant apr\u00e8s, elle se fait gronder par le g\u00e9rant qui lui demande de prendre soin d\u2019un autre client voulant se fait servir uniquement par la jeune Hortense. Avec ce dernier, elle devra s\u2019asseoir sur ses cuisses et se laisser caresser le corps, y compris les parties intimes. Ainsi se d\u00e9crit le quotidien de Hortense et de plusieurs serveuses de bar de Cotonou et des environs.<\/p>\n<p>Dans la commune de S\u00e8m\u00e8-Podji (d\u00e9partement de l\u2019Ou\u00e9m\u00e9), et plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Agblangandan, \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres de Cotonou, un bar se r\u00e9v\u00e8le tr\u00e8s connu pour ses soir\u00e9es \u201cWOLOSSO\u201c o\u00f9 les femmes exposent leur nudit\u00e9. Ici, en raison des conditions de travail et des exigences du promoteur du bar, tr\u00e8s peu de serveuses y restent plus de trois mois. Solange y travaille depuis environ trois semaines mais elle s\u2019impatiente d\u00e9j\u00e0 de percevoir ce qui reste de son salaire (on lui a trouv\u00e9 d\u00e9j\u00e0 des manquants et autres \u00e0 retirer de son salaire); elle souhaite\u00a0 s\u2019en aller au plus vite. Rien de ce qui lui a \u00e9t\u00e9 dit lors de son recrutement concernant les conditions de travail n\u2019a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9, nous confie-t-elle. Un client l\u2019appelle pour lui demander des cigarettes. Elle s\u2019excuse, s\u2019\u00e9clipse et revient, l\u2019air contrari\u00e9 : \u00ab Je n\u2019aime pas ces clients car je d\u00e9teste les cigarettes mais tu ne peux pas refuser, ils vont se plaindre au patron\u2019\u2019. Elle est contrainte de rester en leur compagnie pendant qu\u2019ils fument mais surtout \u201csi un client me demande de m\u2019asseoir sur ses cuisses, je ne peux pas refuser\u2026Ici, on fait des serveuses ce qu\u2019on veut et le patron en premier\u2019\u2019. Solange finira par nous avouer \u00eatre victime d\u2019abus sexuels aussi bien de la part du promoteur que de ses amis.<\/p>\n<p>Ici, le promoteur semble habitu\u00e9 \u00e0 cong\u00e9dier ses employ\u00e9es d\u00e8s qu\u2019on lui propose d\u2019autres serveuses plus \u201cpr\u00e9sentables\u2019\u2019. Un ami nous rejoint dans l\u2019espoir de nous faire rencontrer Madeleine, une autre serveuse qu\u2019il connait. Il la contacte par t\u00e9l\u00e9phone ; elle lui annonce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e abusivement au r\u00e9veil parce que \u201cson patron aurait trouv\u00e9 de nouvelles serveuses\u2019\u2019. Elle refuse d\u2019en dire plus.<\/p>\n<p>Ailleurs, \u00e0 Avotrou, une localit\u00e9 du premier arrondissement de Cotonou, une\u00a0\u00a0 sc\u00e8ne retient notre attention. A l\u2019entr\u00e9e du bar, six jeunes dames, habill\u00e9es en tenue sexy, d\u00e9ambulent dans le but d\u2019attirer la client\u00e8le. \u201cJe n\u2019aime pas ce qu\u2019on nous impose ici : nous positionner \u00e0 l\u2019entr\u00e9e comme si on \u00e9tait des prostitu\u00e9es pour attirer la client\u00e8le. Un oncle m\u2019a aper\u00e7u la derni\u00e8re fois et est all\u00e9e dire \u00e0 mes parents \u00e0 Abomey que je me prostituais\u2019\u2019 nous dit Juliette, l\u2019une de ces jeunes femmes qui dit esp\u00e9rer se faire un peu d\u2019argent pour mener plus tard une autre activit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ratrice de revenus. Juliette est la m\u00e8re de deux enfants qui n\u2019ont jamais connu leur g\u00e9niteur. De ses confidences, il ressort que cela r\u00e9sulte de l\u2019exercice de son m\u00e9tier. Elle venait de faire trois mois sans salaire dans un bar \u00e0 Abomey-Calavi quand un client lui a propos\u00e9 2000Fcfa pour passer la nuit avec elle. Son premier enfant a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u ainsi. Juliette a \u00e9t\u00e9 ensuite renvoy\u00e9e car les bars n\u2019admettent pas de serveuses enceintes. Quelques mois apr\u00e8s l\u2019accouchement, elle retrouve un bar \u00e0 Porto-Novo, capitale administrative du B\u00e9nin mais le promoteur de ce nouveau lieu la met \u00e0 la disposition de ses amis.\u00a0\u00a0 Elle tombe \u00e0 nouveau enceinte et l\u2019auteur ne reconnait pas l\u2019enfant. Une fois encore, Juliette rentre accoucher aupr\u00e8s de sa m\u00e8re avant de revenir dans ce bar o\u00f9 nous faisons sa rencontre.<\/p>\n<p>Viols, prostitution forc\u00e9e, harc\u00e8lement sexuel, attouchements et toutes sortes de violences : voil\u00e0 ce \u00e0 quoi se retrouvent expos\u00e9es les serveuses de bars au B\u00e9nin. Pour Me Josette Attade Tokpanou, chef du P\u00f4le des affaires juridiques \u00e0 l\u2019Institut national de la femme (INF), les serveuses font face \u00e0 de grandes difficult\u00e9s dans l\u2019exercice de leur profession, elles sont sujettes en permanence \u00e0 des violences. Les serveuses sont contraintes d\u2019avoir des comportements risqu\u00e9s et dangereux pour elles-m\u00eames, admet-elle. Intervenant lors d\u2019une s\u00e9ance d\u2019\u00e9changes avec les promoteurs de bar, organis\u00e9e par Amnesty international B\u00e9nin, l\u2019avocate a fait comprendre que les profils recherch\u00e9s d\u00e9montrent qu\u2019elles sont souvent utilis\u00e9es par les tenanciers des bars pour attirer des clients. Leurs conditions de travail ainsi que les demandes que formulent leurs employeurs allant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019imposition du style vestimentaire sont, aux yeux de l\u2019avocate, inadmissibles.<\/p>\n<p>\u00ab S\u2019il faut aller jusqu\u2019\u00e0 demander aux serveuses de s\u2019habiller de fa\u00e7on ind\u00e9cente, de fa\u00e7on \u00e0 attirer des clients, les promoteurs et g\u00e9rants de bar le font \u00bb, t\u00e9moigne Eric Orion Biao, coordonnateur de l\u2019Education aux droits humains \u00e0 Amnesty international B\u00e9nin, une organisation de d\u00e9fense des droits humains. Pour celui qui a conduit une enqu\u00eate de terrain sur les conditions de travail et de vie des serveuses de bars, l\u2019imposition du port de tenues l\u00e9g\u00e8res est une pratique courante dans le secteur des d\u00e9bits de boissons. Des tenues d\u00e9collet\u00e9es et montrant des parties intimes leur sont g\u00e9n\u00e9ralement impos\u00e9es. Le go\u00fbt du profit am\u00e8ne des promoteurs \u00e0 user de tous les moyens pour avoir plus de revenus.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par Amnesty international B\u00e9nin, les serveuses de bars sont r\u00e9guli\u00e8rement victimes d\u2019abus sexuels de la part des clients, g\u00e9rants et promoteurs. Souvent, d\u00e8s le recrutement, a remarqu\u00e9 Eric Orion Biao, cela fait partie des conditions pour avoir acc\u00e8s au travail, le promoteur exigeant avant l\u2019embauche de \u201cpasser du temps\u2019\u2019 avec la serveuse. La plupart des jeunes femmes que nous avons rencontr\u00e9es en ont t\u00e9moign\u00e9. \u201cEt une fois les serveuses recrut\u00e9es, le promoteur utilise ces femmes selon son bon vouloir, comme des objets sexuels. Si elles refusent, elles ne sont pas pay\u00e9es. Ces patrons-l\u00e0 se permettent d\u2019assouvir leur plaisir sexuel quand ils le veulent et comme ils le veulent\u2019\u2019\u00a0 assure Eric Biao.<\/p>\n<p>Mais les bourreaux des serveuses ne sont pas uniquement les promoteurs de bar. \u00ab Vous avez les demandes insistantes des usagers de bars, de gros clients qui passent par des g\u00e9rants pour avoir une serveuse : \u201cJe suis venu boire mais j\u2019ai envie de repartir avec telle serveuse\u2019\u2019 t\u00e9moigne Eric Orion Biao. Le client met la pression sur la jeune fille, via le g\u00e9rant, pour qu\u2019elle accepte. Le g\u00e9rant ayant des moyens de pression plus consistants que le client, elle est oblig\u00e9e de se laisser faire au risque de perdre son emploi \u00bb.<\/p>\n<p>Les serveuses de bar sont victimes \u00e9galement des violences verbales \u00e0 caract\u00e8re sexuel. Des expressions comme \u201c je veux du jus de tes seins\u2019\u2019, \u201cje veux t\u00e9ter\u2019\u2019 sont lanc\u00e9es aux serveuses. Et quand une jeune femme veut imposer une limite aux clients, des remarques injurieuses peuvent tomber comme : \u201ctu es tr\u00e8s sale, regardes toi un peu, tu pues\u2019\u2019. Les serveuses ne sont pas \u00e0 l\u2019abri non plus d\u2019agressions physiques surtout quand elles refusent de c\u00e9der aux avances ou quand le client est sous l\u2019effet de l\u2019alcool.<\/p>\n<p>Catalogu\u00e9es comme \u00ab<strong><span style=\"color: #3366ff;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/www.larousse.fr\/dictionnaires\/synonymes\/margoton\/13526#:~:text=margoton%20n.f.,Femme%20de%20m%C5%93urs%20l%C3%A9g%C3%A8res.\"> filles de m\u0153urs l\u00e9g\u00e8res<\/a><\/span><\/strong> \u00bb, ces jeunes femmes sont mal per\u00e7ues par la soci\u00e9t\u00e9 et sont donc en plus victimes de stigmatisation.<\/p>\n<p>Psychologue-clinicienne, Gloria Kponou est membre de la Plateforme multi-acteurs de la migration au B\u00e9nin. Une plateforme qui s\u2019int\u00e9resse, entre autres choses, \u00e0 la situation des serveuses de bar. La psychologue confie avoir re\u00e7u des \u201ct\u00e9moignages vivants, tr\u00e8s poignants\u201c d\u2019abus sexuels, des abus de tous genres y compris des violences physiques et morales : \u201cOn a eu des t\u00e9moignages d\u2019abus ; les filles n\u2019ont m\u00eame pas droit \u00e0 la parole. Ce qui se transforme en stress post-traumatique. A travers des groupes de paroles, nous leur permettons de s\u2019ext\u00e9rioriser\u2019\u2019 confie-t-elle avant d\u2019exposer la situation d\u2019une jeune fille togolaise, recrut\u00e9e tr\u00e8s jeune dans un bar \u00e0 Azov\u00e8 (d\u00e9partement du Mono). \u201cElle travaillait dans un bar, elle n\u2019avait pas de salaire, elle \u00e9tait forc\u00e9e de se prostituer. Elle \u00e9tait oblig\u00e9e de se soumettre, il n\u2019y avait pas de voies de recours possibles, c\u2019\u00e9tait carr\u00e9ment un sacrifice de vie\u2019\u2019. Gr\u00e2ce \u00e0 la Plateforme, la jeune femme a \u00e9t\u00e9 orient\u00e9e vers un m\u00e9tier de son choix, confie la psychologue-clinicienne.<\/p>\n<p>Evoquant la situation des serveuses de bars, Mathieu Sagbo Kakpo, coordonnateur national du R\u00e9seau Afrique de l\u2019Ouest pour la protection de l\u2019enfant (RAO), constate lui aussi que ces femmes sont condamn\u00e9es \u00e0 un travail avilissant. Etant en majorit\u00e9 des migrantes venant des pays voisins, elles ignorent g\u00e9n\u00e9ralement, au d\u00e9part, le sort qui les attend. Quand elles quittent leur pays, leur transport est assur\u00e9 ou g\u00e9r\u00e9 par des interm\u00e9diaires qu\u2019elles ne connaissent g\u00e9n\u00e9ralement pas : \u201cQuand elles arrivent \u00e0 destination, beaucoup subissent des maltraitances de la part de ceux qui les embauchent et de ceux qui fr\u00e9quentent ces bars \u00bb, confirme Mathieu Sagbo Kakpo. \u00ab Promesses non tenues, non paiement de salaires, abus sexuels, viols. Pour survivre, nombre d\u2019entre elles versent dans la prostitution. \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/?p=16559\">LIRE PLUS: [international]: isabelle Yacoubou d\u00e9sormais entra\u00eeneur<\/a><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>18 HEURES DE TRAVAIL JOURNALIER POUR MOINS DE 20.000F CFA PAR MOIS\u00a0\u00a0<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Marina, de nationalit\u00e9 togolaise, est serveuse depuis deux ans dans l\u2019un bars les plus anim\u00e9s du 1er arrondissement de Cotonou, \u00e0 Akpakpa. Elle prend son service \u00e0 13 heures pour ne finir que le lendemain matin \u00e0 07 heures, pour une r\u00e9mun\u00e9ration mensuelle g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieure \u00e0 20.000Fcfa (30,4 euros). Marina nous explique que sur son salaire fix\u00e9 \u00e0 30.000Fcfa (45,7 euros) il lui est retir\u00e9 chaque semaine une somme pour couvrir les charges d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et d\u2019eau qu\u2019elle utilise pour se laver. A cela s\u2019ajoute encore des p\u00e9nalit\u00e9s si vous \u00eates accus\u00e9e de retard, si vous tardez \u00e0 servir un client ou si un client se plaint de vous. Ce qui fait qu\u2019en deux ans, Marina n\u2019a presque jamais per\u00e7u un salaire mensuel au-dessus de 20 000Fcfa.<\/p>\n<p>Comme Marina, nombreuses sont les serveuses de bar victimes d\u2019exploitation \u00e9conomique, travaillant de 15heures \u00e0 18 heures par jour, et finissant au petit matin apr\u00e8s le d\u00e9part du dernier client.<\/p>\n<p>Selon une enqu\u00eate r\u00e9alis\u00e9e par Amnesty international B\u00e9nin dans cinq d\u00e9partements (l\u2019Ou\u00e9m\u00e9, l\u2019Atlantique, le Littoral, le Borgou et le Zou) les serveuses travaillent bien au-del\u00e0 des quarante heures l\u00e9gales par semaine (art 142 du Code du travail). Il n\u2019est pas rare, selon Eric Orion Biao d\u2019Amnesty international B\u00e9nin de voir des serveuses contraintes de travailler une vingtaine d\u2019heures sur les 24 heures que compte une journ\u00e9e. L\u2019avocate Josette Attade, confirme cet \u00e9tat de fait sachant que la majorit\u00e9 des bars ouvrent 24h sur 24h et sont souvent en sous-effectif.<\/p>\n<p>Alors que nous remarquons sur Facebook un message de recrutement de serveuses venant d\u2019un cabinet d\u00e9nomm\u00e9<\/p>\n<p>Institut d\u2019\u00e9tudes strat\u00e9giques et de management (IESM), nous contactons le responsable : celui-ci nous confirme que les serveuses n\u2019ont droit qu\u2019\u00e0 un seul jour de repos dans la semaine. Un autre message de recrutement, toujours sur Facebook, pr\u00e9cise comme horaire de travail : de 11 heures \u00e0 02 heures du matin.<\/p>\n<p>Solange travaille comme serveuse de bar \u00e0 Agblandandan (d\u00e9partement de l\u2019Ou\u00e9m\u00e9). Elle prend son service \u00e0 16 heures, voire 15 heures, pour finir vers 5 heures du matin. Log\u00e9e par le promoteur, \u00e0 quelques m\u00e8tres du bar, il n\u2019est pas exclu que le g\u00e9rant fasse appel \u00e0 elle, pendant qu\u2019elle se repose, pour d\u2019autres t\u00e2ches comme l\u2019entretien des lieux. La veille, c\u2019\u00e9tait la soir\u00e9e \u201cWOLOSSO\u2019\u2019 dans le bar : elle a d\u00fb travailler de 9 heures jusqu\u2019au lendemain 7 heures du matin pour reprendre son service \u00e0 nouveau \u00e0 15 heures. Elle confie \u00eatre ext\u00e9nu\u00e9e et souffrante mais il n\u2019est pas question de solliciter une permission au risque de subir des retenues sur son salaire.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 sant\u00e9, aucun dispositif n\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement mis en place par les promoteurs de bars pour favoriser une prise en charge sanitaire des serveuses. Ce que confirme Mathieu Sagbo Kakpo, \u00e9voquant les actions men\u00e9es \u00e0 cet effet entre octobre 2015 et juin 2017 dans le cadre du projet \u201cDroit des migrants en action\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Marina, serveuse de bar \u00e0 Akpakpa a d\u00fb compter sur l\u2019aide de clients pour se faire soigner r\u00e9cemment de maux au bas-ventre \u00e0 Lom\u00e9.<\/p>\n<h2><\/h2>\n<h2><em><strong><img decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-16586 alignleft\" src=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B3-300x143.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"143\" srcset=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B3-300x143.jpg 300w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B3-200x95.jpg 200w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B3-768x366.jpg 768w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B3-480x229.jpg 480w, https:\/\/bluediamondtv.com\/wp-content\/uploads\/2024\/03\/B3.jpg 800w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>EXPLOITATION \u00c9CONOMIQUE : TR\u00c8S BAS SALAIRES ET RETENUES FANTAISISTES<\/strong><\/em><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les serveuses de bar exploit\u00e9es, outre le fait qu\u2019elles travaillent dans des conditions pr\u00e9caires avec une charge de travail \u00e9norme, per\u00e7oivent donc une r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9risoire. Une r\u00e9mun\u00e9ration qui n\u2019est pas r\u00e9guli\u00e8rement vers\u00e9e et souvent amput\u00e9e de retenues diverses et vari\u00e9es.<\/p>\n<p>D\u2019un bar \u00e0 un autre, la r\u00e9mun\u00e9ration mensuelle des serveuses de bar est comprise entre 20 000FCFA (30,5 euros), 25 000 FCFA (38euros) et 30 000FCFA (45,8 euros). Une somme bien en dessous du Salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) au B\u00e9nin qui est de 52 000FCFA (79,4 euros). Pour Gloria Kponou, psychologue-clinicienne, il s\u2019agit d\u2019un \u201csous salaire\u2019\u2019 en d\u00e9phasage total avec les dispositions du Code du travail en vigueur en R\u00e9publique du B\u00e9nin. Eric Orion Biao ajoute que ces serveuses n\u2019ont aucun contrat de travail et \u201cpeuvent \u00eatre renvoy\u00e9es selon l\u2019humeur du patron ou du g\u00e9rant\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Dans un bar situ\u00e9 \u00e0 D\u00e9gakon, premier arrondissement de Cotonou, le promoteur semble avoir fait l\u2019option d\u2019une politique de non-paiement des salaires. Ici, tous les mois ou les deux mois, on y rencontre de nouveaux visages. Selon nos investigations, la strat\u00e9gie est de faire croire aux serveuses qu\u2019il n\u2019y a pas eu assez de ventes dans le mois et que le bar n\u2019est donc pas en mesure de payer les salaires. D\u00e9\u00e7ues, la plupart s\u2019en vont pendant que le promoteur se lance \u00e0 la recherche de nouvelles serveuses qui connaitront, \u00e0 leur tour, le m\u00eame sort. La main d\u2019\u0153uvre y est donc exploit\u00e9e et pas du tout r\u00e9mun\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Quant aux retenues de salaires fantaisistes, les cas pullulent. D\u00e9borah est surprise un jour par le g\u00e9rant en train de somnoler. Ce dernier la prend en photo et transf\u00e8re l\u2019image au promoteur. Celui-ci d\u00e9cide alors de retrancher deux mille FCFA sur le salaire de D\u00e9borah. Juliette, serveuse dans un bar \u00e0 Avotrou, quartier p\u00e9riph\u00e9rique de Cotonou confirme ce genre de pratiques : \u201cSi tu es en retard m\u00eame de quelques minutes, on te d\u00e9falque 1000Fcfa\u2026Tu refuses de c\u00e9der aux caprices d\u2019un client, on te retire 1000FCFA pour manque de respect au client. Ce sont des choses qu\u2019on ne te dit pas au moment du recrutement\u201c<\/p>\n<p>Eric Orion Biao, coordonnateur de l\u2019Education aux droits humains \u00e0 Amnesty international B\u00e9nin pr\u00e9cise qu\u2019il est g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9 des zones de service \u00e0 chaque serveuse et que celle-ci est rendue responsable de tout ce qui se passe comme incident dans son secteur. Un verre cass\u00e9, une bouteille bris\u00e9e ou encore une chaise endommag\u00e9e, c\u2019est le salaire de la serveuse qui en p\u00e2tit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>La plupart des promoteurs de bar que nous avons rencontr\u00e9s laissent entendre que les serveuses sont en partie responsables de ce qui leur arrive ! Ils ne nient g\u00e9n\u00e9ralement pas les faits d\u2019exploitation sexuelle et \u00e9conomique mais ils tentent, par contre, de se d\u00e9fendre. Promoteur du bar \u201cLe Parisien\u201c \u00e0 Parakou, Moubarak Ali Y\u00e9rima laisse entendre que des efforts sont consentis pour prot\u00e9ger les serveuses des clients mais d\u00e9plore que ces derni\u00e8res\u2026 ne leur facilitent pas la t\u00e2che : \u00ab elles sont pr\u00eates \u00e0 tout pour se faire de l\u2019argent. En voulant prot\u00e9ger ta serveuse, tu peux \u00eatre mal vu car tu te rends compte qu\u2019elle avait d\u00e9j\u00e0 une liaison avec le client\u2019\u2019 affirme-t-il, estimant qu\u2019il revient d\u2019abord \u00e0 la serveuse de se faire respecter.<\/p>\n<p>Interrog\u00e9 sur les d\u00e9falcations arbitraires faites sur les salaires des jeunes femmes, il accuse les serveuses de faire preuve de mauvaise foi. D\u2019apr\u00e8s lui, la serveuse, d\u00e8s qu\u2019elle a faim, ne se contente pas de demander un pr\u00eat mais se permet de retirer de l\u2019argent dans la caisse. \u201cElle peut enlever 2000FCFA ou 5000FCFA pour se tresser et quand vous lui demandez des comptes, elle feint de ne pas comprendre o\u00f9 esst pass\u00e9 l\u2019argent manquant\u2026Elles se d\u00e9voilent parfois lorsqu\u2019il y a une m\u00e9sentente entre elles\u2019\u2019 pr\u00e9tend le promoteur du bar \u201cLe Parisien\u2019\u2019. A la question relative aux d\u00e9falcations pour retard, il affirme \u201cOui je le fais r\u00e9guli\u00e8rement car si la serveuse est en retard, cela handicape le business car nous avons un syst\u00e8me rotatif pour leur permettre de r\u00e9cup\u00e9rer. Des serveuses, apr\u00e8s le boulot, au lieu d\u2019aller dormir, vont chez le client et passent toute la journ\u00e9e avec lui \u00bb.<\/p>\n<p>Moubarak Ali Y\u00e9rima reconna\u00eet tout de m\u00eame que des promoteurs de bar abusent de serveuses m\u00eame s\u2019il laisse entendre qu\u2019elles sont elles-m\u00eames responsables de l\u2019image de prostitu\u00e9e qu\u2019on leur attribue. Selon ses propos, elles d\u00e9cident de se livrer aux clients pour avoir plus de revenus en dehors du salaire.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration, il justifie les tr\u00e8s maigres salaires par le fait que les promoteurs prennent en charge l\u2019h\u00e9bergement. Si on l\u2019\u00e9coute, impossible pour un promoteur de bar de payer un salaire \u00e0 hauteur du Smig en raison de l\u2019h\u00e9bergement offert \u00e0 ces derni\u00e8res.<\/p>\n<p>Une position que ne partage pas tous les promoteurs. Agbohessou No\u00ebl \u00e0 la t\u00eate du bar \u201cNew City\u201c pense qu\u2019il y a n\u00e9cessit\u00e9 de corriger le tir et qu\u2019il faut payer au Smig les serveuses qui travaillent trois fois plus que les salari\u00e9s ordinaires : \u201cIl faut ralentir cette exploitation abusive de serveuses\u2019\u2019. Sur les abus sexuels dont sont victimes les serveuses, sa position est tout diff\u00e9rente et beaucoup plus cynique : \u00ab Les hommes en g\u00e9n\u00e9ral veulent aller se distraire dans les d\u00e9bits de boissons, et cela implique ces attouchements inacceptables, non consentis aux serveuses. Le patron m\u00e8ne une activit\u00e9 qui doit lui rapporter de l\u2019argent, s\u2019il r\u00e9primande tout de suite, il peut perdre ses clients\u2026Donc ce n\u2019est pas de gait\u00e9 de c\u0153ur que le promoteur essaie de fermer les yeux sur certains d\u00e9rapages de ces clients\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Membre du bureau directeur de l\u2019Association nationale des promoteurs de bars-restaurants du B\u00e9nin (Anaprobar), Nina Rafath Konou est promotrice du bar \u201cLe Refuge des intimes\u201c \u00e0 Akpakpa \u00e0 Cotonou. Pour elle, l\u2019av\u00e8nement des soir\u00e9es \u201cWOLOSSO\u201c a impact\u00e9 n\u00e9gativement le v\u00e9cu actuel des serveuses de bar.\u00a0 \u201cDans mon bar, je dis aux gens, serveuses, caissiers et g\u00e9rant que si un client les emmerde, qu\u2019elles demandent \u00e0 une autre serveuse de s\u2019en charger ; il est demand\u00e9 aussi au g\u00e9rant de ne pas s\u2018en prendre \u00e0 une serveuse qui refuse de servir un client. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 vu des clients irresponsables qui d\u00e9barquent, prennent une bi\u00e8re de 600FCfa et demandent \u00e0 toucher les seins de la serveuse\u2026J\u2019apprends surtout aux filles \u00e0 ne pas s\u2019engueuler avec les clients en leur demandant de trouver des astuces pour calmer le client tout en lui promettant d\u2019\u00eatre \u00e0 lui d\u00e8s qu\u2019elle trouve un temps de r\u00e9pit. Mais je confirme qu\u2019il y a des bars, poursuit Nina Rafath Konou, o\u00f9 des promoteurs obligent des serveuses \u00e0 se prostituer surtout dans les lieux qui font des soir\u00e9es \u201cWolosso\u2019\u2019. On leur demande d\u2019aller danser, souvent nues, ou d\u2019aller s\u2019asseoir sur les cuisses des clients ou m\u00eame d\u2019assouvir leur app\u00e9tit sexuel\u2019\u2019.<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentante de l\u2019Association nationale des promoteurs de bars-restaurants du B\u00e9nin (Anaprobar) pr\u00e9tend qu\u2019il n\u2019est pas envisageable de payer des salaires de 52000FCFA, soit le Smig, au regard des charges d\u2019un bar. Nina Rafath Konou affirme verser 25 000FCFA de salaire \u00e0 ses serveuses, avec la possibilit\u00e9 de leur faire des cadeaux \u00e0 la fin du mois en guise de motivation. L\u2019Association recommande des salaires de 25 \u00e0 30 000FCFA ou 35 000FCFA si le bar enregistre suffisamment de revenus mensuellement.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la question des <strong><span style=\"color: #3366ff;\"><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/www.chusj.org\/fr\/soins-services\/A\/Abus-sexuel\/Tout-ce-qu-il-faut-savoir\/Problematique\">abus sexuels<\/a><\/span><\/strong>, Nina Rafath Konou se souvient avoir fait arr\u00eater un militaire, promoteur de bar \u00e0 Miss\u00e9r\u00e9t\u00e9 (D\u00e9partement de l\u2019Ou\u00e9m\u00e9),\u00a0 qui avait inflig\u00e9 des s\u00e9vices corporels \u00e0 l\u2019une de ses serveuses, une togolaise ayant refus\u00e9 de passer la nuit avec lui :\u00a0 \u201cQuand j\u2019ai appris que c\u2019\u00e9tait l\u2019habitude\u00a0 du patron d\u2019agresser les serveuses qui refusaient d\u2019avoir des relations intimes avec lui, j\u2019ai contact\u00e9 le chef brigade de la localit\u00e9 qui l\u2019a fait arr\u00eater et plac\u00e9 en garde-\u00e0-vue pendant trois jours. Mais il a fait jouer ses relations et il a \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9 apr\u00e8s avoir assur\u00e9 la prise en charge de la jeune femme qui, \u00e0 la suite des mauvais traitements, s\u2019est vue contrainte de porter des verres de vue\u2019\u2019.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>LA RESPONSABILIT\u00c9 DES D\u00c9MARCHEURS<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Alors que leur r\u00f4le est souvent minor\u00e9, les d\u00e9marcheurs sont pourtant co-responsables de la situation des serveuses de bar au B\u00e9nin. Selon les t\u00e9moignages de plusieurs serveuses de bar que nous avons rencontr\u00e9es, et bien qu\u2019ils soient inform\u00e9s des conditions de travail, les d\u00e9marcheurs ne disent, au d\u00e9part, presque jamais la v\u00e9rit\u00e9 aux serveuses. Il ressort de nos investigations, que ceux-ci font miroiter de bonnes conditions de travail aux serveuses. Et ce, pour se garantir une commission de 10 000Fcfa aupr\u00e8s du promoteur du bar.<\/p>\n<p>D\u00e9borah en veut toujours \u00e0 son d\u00e9marcheur qu\u2019elle accuse d\u2019\u00eatre responsable de ce qu\u2019elle vit : \u201cIls savent qu\u2019une fois que tu quittes Lom\u00e9 (Togo) ou ton village, tu es oblig\u00e9e de travailler pour rentrer chez toi si cela est ta seule issue de sortie. Quand j\u2019ai rencontr\u00e9 mon d\u00e9marcheur par le biais d\u2019une amie, il m\u2019a dit que j\u2019allais \u00eatre log\u00e9e dans une maison \u00e9quip\u00e9e et que j\u2019allais percevoir entre 60 et 70 mille avec des primes qui pourraient s\u2019ajouter. Il m\u2019a m\u00eame dit que le bar ferme ses portes \u00e0 minuit. En r\u00e9alit\u00e9, je suis log\u00e9e dans une entr\u00e9e o\u00f9 je dors avec quatre autres serveuses. Je n\u2019ai jamais per\u00e7u 30 000FCFA. Ce sont des personnes malhonn\u00eates, ces d\u00e9marcheurs\u201c.<\/p>\n<p>Si les d\u00e9marcheurs disparaissent, en g\u00e9n\u00e9ral, apr\u00e8s avoir plac\u00e9 la serveuse dans un bar, d\u2019autres continuent de tirer les ficelles dans l\u2019ombre. Et dans ce cas, ce sont les promoteurs de bar qui se disent abus\u00e9s. \u201cJe n\u2019aime plus avoir \u00e0 faire aux d\u00e9marcheurs, ce sont des bandits\u2019\u2019, t\u00e9moigne Nina Rafath, promotrice du bar \u201cLe Refuge des intimes\u201c. Pour une serveuse, ils te demandent une commission de 10 000FCFA ainsi que les frais de transport de la fille. Quelques jours apr\u00e8s, tu te rends compte que le d\u00e9marcheur commence par contacter la serveuse \u00e0 nouveau et quand tu vois le d\u00e9marcheur d\u00e9barquer sur les lieux, sache que d\u2019ici le soir, tu ne verras plus la serveuse. Il va la placer aupr\u00e8s d\u2019un autre promoteur de bar et prendre de nouvelles commissions\u201c. Nina Rafath pr\u00e9f\u00e9re d\u00e9sormais d\u00e9marcher elle-m\u00eame, les jeunes femmes.<\/p>\n<p>\u201cSi une serveuse arrive \u00e0 faire trois mois dans votre bar, c\u2019est un cas exceptionnel\u2026 Ce sont les d\u00e9marcheurs qui vous les proposent et ils passent encore derri\u00e8re pour les transf\u00e9rer ailleurs et n\u00e9gocier une nouvelle commission\u201c assure \u00e9galement Agohessou No\u00ebl, promoteur de bar. Le recrutement des serveuses ne r\u00e9pond \u00e0 aucune r\u00e8gle rigoureuse \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elles viennent g\u00e9n\u00e9ralement du Togo et du Nig\u00e9ria. Le recrutement n\u2019est pas organis\u00e9 puisqu\u2019elles ne sont pas stables\u2019\u2019.<\/p>\n<p>Selon Moubarak Y\u00e9rima, autre promoteur de bar, il n\u2019est pas rare de payer une commission \u00e0 un d\u00e9marcheur ainsi que le transport de la serveuse et puis celui-ci dispara\u00eet sans amener la serveuse comme promis.<\/p>\n<p>La plupart des d\u00e9marcheurs que nous avons contact\u00e9s ont ni\u00e9 au d\u00e9part \u00eatre dans ce business. Apr\u00e8s plusieurs \u00e9changes t\u00e9l\u00e9phoniques, deux d\u2019entre eux finissent par accepter de nous rencontrer mais ils ne se rendront jamais disponibles et ne r\u00e9pondront pas \u00e0 nos questions.<\/p>\n<p>Selon Mathieur Kakpo du RAO, les d\u00e9marcheurs se rassemblent dans des groupements informels mais ils font tout pour ne pas donner de preuve de leur existence. Certains d\u00e9marcheurs pr\u00e9l\u00e8vent m\u00eame des pourcentages sur les revenus mensuels des filles.<\/p>\n<p><span style=\"color: #3366ff;\"><strong><a style=\"color: #3366ff;\" href=\"https:\/\/bluediamondtv.com\/?p=16513\">LIRE PLUS: [BENIN]: NOELIE YARIGO CONQUIERT LE CHAMPIONNAT DU MONDE D&rsquo;ATHLETISME!<\/a><\/strong><\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>QUELLES VOIES DE RECOURS ?<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Difficile de trouver les traces d\u2019une d\u00e9cision de justice rendue \u00e0 la suite d\u2019une plainte de serveuses de bar. Et si ces d\u00e9cisions existent, elles sont soit en nombre insignifiant et pas per\u00e7ues du tout par l\u2019opinion publique. En cause, le poids du silence qui r\u00e8gne dans le milieu des bars : la peur ou l\u2019ignorance des serveuses en mati\u00e8re de recours, constituent un handicap \u00e0 l\u2019application des dispositions l\u00e9gales en leur faveur.<\/p>\n<p>Au Centre de promotion sociale d\u2019Akpakap 2 comme \u00e0 celui de Xwlacodji (d\u00e9partement du Littoral) ou de Suru-L\u00e9r\u00e9, pas de traces de d\u00e9p\u00f4t de plaintes de la part de serveuses de bar. Si quelques-unes se rendent dans les commissariats de police dont la Brigade des m\u0153urs, on constate que tr\u00e8s peu de serveuses osent se plaindre ou intenter une action en justice, car elles sont le plus souvent intimid\u00e9es ou menac\u00e9es.<\/p>\n<p>Me Josette Attade Tokpanou, Chef P\u00f4le des affaires juridiques \u00e0 l\u2019Institut national de la femme (INF) confie n\u00e9anmoins que de plus en plus de serveuses de bars se rapprochent de l\u2019Institut pour se plaindre de leur situation. Elle affirme \u00e9galement que des actions en justice ont \u00e9t\u00e9 entreprises par l\u2019INF sur la base des plaintes des serveuses de bars.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Eric Orion Biao, coordonnateur \u00e0 l\u2019\u00e9ducation aux droits humains \u00e0 Amnesty international B\u00e9nin, estime que 90% des serveuses rencontr\u00e9es lors d\u2019une enqu\u00eate ont d\u00e9clar\u00e9 ignorer l\u2019existence de m\u00e9canismes de protection. Quant \u00e0 celles, tr\u00e8s rares, qui ont t\u00e9moign\u00e9 avoir fait des d\u00e9marches vers des structures de protection, souvent, elles n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prises au s\u00e9rieux : \u201c De l\u2019avis des travailleurs de ces structures de protection, elles sont globalement responsables de ce qui leur arrive. Les serveuses, se retrouvent livr\u00e9es \u00e0 elles-m\u00eames\u201c d\u00e9plore Eric Orion Biao.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Directeur des normes et de la statistique du travail au Minist\u00e8re du travail et de la Fonction publique, Raymond Zounmatoun estime que les serveuses de bars constituent une cat\u00e9gorie particuli\u00e8re de travailleurs vuln\u00e9rables parce qu\u2019\u00e9voluant dans le secteur informel, un secteur de grande pr\u00e9carit\u00e9. Il reconna\u00eet \u00e9galement les conditions rudes de travail impos\u00e9es par les promoteurs de bars, les obligeant \u00e0 travailler comme des \u201cfor\u00e7ats\u2019\u2019 avec \u00e0 la cl\u00e9, une r\u00e9mun\u00e9ration d\u00e9risoire nettement en dessous du Smig b\u00e9ninois, sans compter les retenues : \u201cle salaire ne repr\u00e9sente plus rien et parfois, certaines serveuses se retrouvent m\u00eame avec une dette \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019employeur\u2019\u2019 assure Raymond Zounmatoun.<\/p>\n<p>Si \u201cdu point de vue du droit, les serveuses ne devraient pas \u00eatre diff\u00e9rentes des autres travailleurs, la l\u00e9gislation n\u2019est pas tr\u00e8s bien appliqu\u00e9e \u00e0 leur \u00e9gard\u2019\u2019 admet le directeur du Minist\u00e8re du travail qui d\u00e9plore un manque de protection sociale pour celles-ci. \u00ab Elles sont expos\u00e9es \u00e0 des risques sociaux, violences physiques et psychologiques, elles sont \u00e0 la merci des clients ou de l\u2019employeur, nous sommes bien conscients de \u00e7\u00e0\u2019\u2019 dit le cadre du Minist\u00e8re qui \u00e9voque quelques initiatives prises pour inverser la tendance. Outre la mise en place de la Brigade des m\u0153urs, il fait \u00e9tat d\u2019actions de sensibilisation des acteurs, promoteurs de bars et serveuses. Une campagne qui aurait permis de d\u00e9couvrir plusieurs filles mineures employ\u00e9es comme serveuses dans les d\u00e9bits de boissons. Notons, par ailleurs, qu\u2019\u00e0 ce jour, aucune \u00e9tude sp\u00e9cifique n\u2019a \u00e9t\u00e9 men\u00e9e sur cette cible par les autorit\u00e9s b\u00e9ninoises. \u201cNous n\u2019avons pas de donn\u00e9es concr\u00e8tes\u2019\u2019 a-t-il reconnu.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les rares serveuses qui ont pu saisir l\u2019Inspection du travail ont \u00e9t\u00e9 encourag\u00e9es \u00e0 formuler des plaintes transmises aux juridictions.\u00a0 \u201cNous avons aujourd\u2019hui une l\u00e9gislation tr\u00e8s rigoureuse pour ces situations de harc\u00e8lement sexuel et autres violences en milieu du travail. Les juges ont des outils pour d\u00e9courager. La loi et les m\u00e9canismes organisent bien la protection des serveuses. Il faut que les victimes d\u00e9noncent. Parfois, il y en a qui abandonnent car elles subissent des pressions y compris de la part de leur propre famille, ce qui rend difficile la mise en \u0153uvre des mesures r\u00e8glementaires au profit des cibles\u201c constate le Directeur des normes et de la statistique du travail qui d\u00e9plore, par ailleurs, un d\u00e9faut de communication autour des d\u00e9cisions de justice rendues \u00e0 cet effet. D\u00e9cisions qui pourraient avoir un effet dissuasif et contribuer \u00e0 am\u00e9liorer la situation des serveuses de bar.<\/p>\n<p>Avec le processus de ratification, actuellement en cours au B\u00e9nin, de la convention 189 de l\u2019OIT sur le travail domestique, Raymond Zounmatoun voit une lueur d\u2019espoir quant au renforcement du cadre juridique prot\u00e9geant cette cat\u00e9gorie de travailleuses. Par ailleurs, il admet que la ratification depuis 2018 de la convention des Nations Unies sur les travailleurs migrants reste une avanc\u00e9e majeure.<\/p>\n<p>Saisie par correspondance, la Direction g\u00e9n\u00e9rale de la police r\u00e9publicaine nous a orient\u00e9 vers son unit\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e, la Brigade des m\u0153urs. Le commissaire de la Brigade des m\u0153urs, S\u00e9raphin Lossikinde nous a fait savoir que des plaintes des serveuses de bar y sont enregistr\u00e9es m\u00eame si la brigade n\u2019est pas assez connue du public. Selon ce commissaire de police, la plupart des actions de sensibilisation et missions de contr\u00f4le des d\u00e9bits de boissons ont permis de retirer plusieurs mineures des bars. Faisant le point d\u2019une r\u00e9cente tourn\u00e9e d\u2019inspection dans cinq d\u00e9partements, il a confi\u00e9 que 18 mineures ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9es des bars dans le Zou, une douzaine dans l\u2019Atacora, une quinzaine dans la Donga, 38 dans le Borgou et une vingtaine dans l\u2019Alibori. Ceci, d\u00e9montre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que des filles mineures continuent d\u2019\u00eatre employ\u00e9es dans les bars.<\/p>\n<p>Le commissaire de police S\u00e9raphin Lossikinde pointe du doigt la situation de grande vuln\u00e9rabilit\u00e9 de ces tr\u00e8s jeunes filles, les obligeant \u00e0 se plier aux conditions impos\u00e9es par les promoteurs de bars. Il n\u2019a pas manqu\u00e9 d\u2019encourager les victimes \u00e0 se rapprocher de la brigade des m\u0153urs pour se plaindre afin que justice leur soit rendue conform\u00e9ment \u00e0 la l\u00e9gislation en vigueur en R\u00e9publique du B\u00e9nin. Il plaide, par ailleurs, pour que des moyens, notamment roulants, soient mis \u00e0 la disposition de cette unit\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e de la police dans l\u2019optique de renforcer son aspect op\u00e9rationnel.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2><strong>LUTTE CONTRE LA TRAITE DES PERSONNES AU B\u00c9NIN : \u00c7A TANGUE ENCORE\u2026<\/strong><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le B\u00e9nin est class\u00e9 parmi les pays dont les gouvernements ne se conforment pas enti\u00e8rement \u00e0 toutes les normes minimales pour l\u2019\u00e9limination de la traite des personnes, mais font des efforts importants pour se mettre en conformit\u00e9 avec ces normes (niveau 2 selon le rapport du Bureau du d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain charg\u00e9 de surveiller et de combattre la traite des personnes sur la traite des personnes, ou encore en anglais TIP Report). Le pays stagne dans cette cat\u00e9gorie de pays de niveau 2 depuis plus de cinq ans. Ce qui veut dire, selon les crit\u00e8res am\u00e9ricains de classement des pays, que le nombre absolu de victimes de formes graves de traite est tr\u00e8s important ou augmente consid\u00e9rablement ; ou encore qu\u2019il n\u2019y a pas eu de preuve de l\u2019intensification des efforts de lutte contre les formes graves de traite des personnes.<\/p>\n<p>Selon ce m\u00eame rapport 2023 du Bureau du d\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain, le gouvernement n\u2019a pas respect\u00e9 les normes minimales dans plusieurs domaines cl\u00e9s bien que des efforts aient \u00e9t\u00e9 consentis notamment en ce qui concerne la poursuite et la condamnation d\u2019un plus grand nombre de trafiquants, et aussi\u00a0 l\u2019identification d\u2019un nombre beaucoup plus important de victimes de la traite et l\u2019orientation de ces victimes vers les services de protection. \u00ab Le gouvernement ne dispose pas de services de protection ad\u00e9quats pour les adultes \u00bb, renseigne par ailleurs le rapport 2023.\u00a0 \u201cLe gouvernement a d\u00e9clar\u00e9 avoir poursuivi 176 personnes pour traite, dont 101 pour trafic sexuel, 3 pour travail forc\u00e9 et 72 pour formes de traite non pr\u00e9cis\u00e9es, contre quatre cas de traite d\u2019enfants\u2026\u00a0 Il a signal\u00e9 des poursuites contre 312 personnes et d\u00e9clar\u00e9 avoir condamn\u00e9 94 trafiquants, dont 92 pour trafic sexuel et deux pour trafic de travail, contre 11 condamnations\u2019\u2019 informe ce rapport. Il est \u00e9galement mentionn\u00e9 l\u2019absence d\u2019un syst\u00e8me efficace de collecte de donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Conscient de la n\u00e9cessit\u00e9 de renforcer l\u2019efficacit\u00e9 de la lutte contre la traite des personnes au B\u00e9nin, le gouvernement b\u00e9ninois a mis en place depuis 2017, un Comit\u00e9 national de lutte contre la traite des personnes (Cnltp). Sont membres dudit Comit\u00e9, des repr\u00e9sentants du Minist\u00e8re de la justice, du Minist\u00e8re des affaires sociales et de la microfinance, du Minist\u00e8re des affaires \u00e9trang\u00e8res, du Minist\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie et des finances (Instad), du Minist\u00e8re du travail et de la fonction publique, du Minist\u00e8re de l\u2019int\u00e9rieur et de la s\u00e9curit\u00e9 publique et du Minist\u00e8re du d\u00e9veloppement et de la coordination de l\u2019action gouvernementale ainsi que du Plan International B\u00e9nin et du R\u00e9seau Afrique de l\u2019Ouest pour la protection des enfants (RAO).<\/p>\n<p>Si le Comit\u00e9 est depuis, op\u00e9rationnel, il n\u2019a men\u00e9 encore aucune intervention sp\u00e9cifique concernant la situation des serveuses de bars au B\u00e9nin, selon Mathieu Sagbo Kakpo, coordinateur national du RAO. Ces derniers mois, le Comit\u00e9 a plut\u00f4t mis l\u2019accent, selon cet expert, sur le renforcement des capacit\u00e9s des acteurs impliqu\u00e9s dans la lutte contre la traite des personnes.<\/p>\n<p>Roland Djagali de Plan international B\u00e9nin confie que l\u2019organisation ne m\u00e8ne pas d\u2019interventions sp\u00e9cifiques orient\u00e9es vers ce secteur des serveuses de bars. Et d\u2019ajouter que la Direction g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e9valuation et de l\u2019observatoire du Changement social (Dgeocs) du minist\u00e8re du D\u00e9veloppement est la plus indiqu\u00e9e pour toucher cette cible. Contact\u00e9e, la Dgeocs estime de son c\u00f4t\u00e9 qu\u2019il faut plut\u00f4t se r\u00e9f\u00e9rer au Comit\u00e9 national de lutte contre la traite des personnes.<\/p>\n<p>L\u2019Office de protection des mineurs et de lutte contre la traite des personnes (Ocpm) joue \u00e9galement un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant. Contact\u00e9, l\u2019Office estime que l\u2019exploitation des mineurs dans les d\u00e9bits de boissons reste une probl\u00e9matique pr\u00e9occupante. \u201cLe ph\u00e9nom\u00e8ne est r\u00e9el car il s\u2019agit souvent de jeunes filles adolescentes exploit\u00e9es \u00e9conomiquement et\/ou sexuellement, manipul\u00e9es par les promoteurs, les g\u00e9rants, tenanciers de bars ou clients\u2019\u2019 atteste l\u2019Ocpm qui pr\u00e9cise que g\u00e9n\u00e9ralement, ces derni\u00e8res sont de nationalit\u00e9 togolaise et nig\u00e9riane et parfois quelques b\u00e9ninoises venues des contr\u00e9es du pays. Quant aux donn\u00e9es statistiques li\u00e9es aux enfants victimes de traite au B\u00e9nin, l\u2019Office parle de 96 enfants en 2021, 50 en 2022 et 14 en 2023.<\/p>\n<p>La Pr\u00e9sidente de l\u2019Institut national de la femme (INF), Me Huguette Bokp\u00e8 Gnacadja, contact\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, n\u2019a pu \u00e9galement se rendre disponible pour apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponses \u00e0 nos pr\u00e9occupations.<\/p>\n<p>Le B\u00e9nin b\u00e9n\u00e9ficie de l\u2019appui d\u2019Expertise France ; cette agence fran\u00e7aise d\u2019expertise technique internationale intervient dans le cadre du Projet d\u2019Appui \u00e0 la Lutte contre la Traite des Personnes dans les pays du Golfe de Guin\u00e9e (ALTP). Un projet financ\u00e9 par l\u2019Union europ\u00e9enne, cofinanc\u00e9 par la France et mis en \u0153uvre dans six pays : le Togo, le B\u00e9nin, la C\u00f4te d\u2019Ivoire, la Guin\u00e9e, le Ghana et le Nigeria. Ce plan s\u2019est fix\u00e9 pour but le renforcement des actions et des capacit\u00e9s de ces pays pour une lutte coordonn\u00e9e et efficace contre la traite des \u00eatres humains : consolidation des capacit\u00e9s institutionnelles et op\u00e9rationnelles, d\u00e9veloppement d\u2019actions pr\u00e9ventives, application effective des lois, protection ad\u00e9quate des victimes et renforcement de la coop\u00e9ration r\u00e9gionale.<\/p>\n<p>En attendant que toutes ces actions portent enfin leurs fruits et dans l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une vie meilleure, les serveuses de bar subissent leur sort en silence et dans l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>AZIZ BADAROU<\/em><\/strong><\/p>\n<h2><strong>LE B\u00c9NIN FACE \u00c0 LA TRAITE DES PERSONNES<\/strong><\/h2>\n<p>D\u00e9crite comme une forme de criminalit\u00e9 lucrative en pleine croissance, la traite des personnes s\u2019appuie sur le recrutement de victimes par divers moyens, tels que la violence, la tromperie, la contrainte ou la force, aux seules fins d\u2019exploitation. Selon Interpol, les trafiquants utilisent des m\u00e9thodes de plus en plus \u00e9labor\u00e9es et personnalis\u00e9es pour cibler et exploiter des personnes vuln\u00e9rables, avec un profond m\u00e9pris de la vie et de la dignit\u00e9 humaines.<\/p>\n<p>Selon\u00a0 l\u2019article\u00a0 3\u00a0 du\u00a0 Protocole\u00a0 additionnel\u00a0 \u00e0\u00a0 la\u00a0 Convention\u00a0 des\u00a0 Nations\u00a0 Unies contre\u00a0 la\u00a0 criminalit\u00e9\u00a0 transnationale\u00a0 organis\u00e9e\u00a0 visant\u00a0 \u00e0\u00a0 pr\u00e9venir,\u00a0 r\u00e9primer\u00a0 et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (dit \u00ab Protocole de Palerme, \u00bb adopt\u00e9 en 2000 et entr\u00e9 en vigueur en 2003), la traite des personnes signifie le recrutement, transport, transfert, l\u2019h\u00e9bergement ou l\u2019accueil des personnes par la\u00a0 menace\u00a0 de\u00a0 recours\u00a0 ou\u00a0 le\u00a0 recours\u00a0 \u00e0\u00a0 la\u00a0 force\u00a0 ou\u00a0 \u00e0\u00a0 d\u2019autres\u00a0 formes\u00a0 de contrainte dont l\u2019enl\u00e8vement, la fraude, la tromperie, abus d\u2019autorit\u00e9 ou d\u2019une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9, l\u2019offre ou l\u2019acceptation de paiements ou d\u2019avantages. Ceci, pour obtenir le consentement d\u2019une personne ayant autorit\u00e9 sur une autre aux fins d\u2019exploitation. L\u2019exploitation comprend au minimum l\u2019exploitation de la prostitution d\u2019autrui ou d\u2019autres formes d\u2019exploitation sexuelle, le travail ou les services forc\u00e9s, l\u2019esclavage ou les pratiques analogues \u00e0 l\u2019esclavage, la servitude, ou le pr\u00e9l\u00e8vement d\u2019organes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est donc \u00e9tabli trois aspects fondamentaux du ph\u00e9nom\u00e8ne de la traite \u00e0 savoir l\u2019acte de recrutement et de transport, les moyens avec lesquels cela est fait, et le but qui doit \u00eatre l\u2019exploitation. En Afrique de l\u2019Ouest, l\u2019une des formes les plus courantes de traite d\u2019\u00eatres humains est l\u2019exploitation de la main-d\u2019\u0153uvre, qui se traduit diff\u00e9remment d\u2019un pays \u00e0 l\u2019autre. Le point commun reste la vuln\u00e9rabilit\u00e9 socio-\u00e9conomique des victimes, associ\u00e9 \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 des pouvoirs publics de r\u00e9glementer, d\u2019identifier et de r\u00e9primer efficacement les pratiques illicites en raison d\u2019un manque d\u2019outils et de ressources.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Selon l\u2019Unesco, le B\u00e9nin conna\u00eet une traite transfrontali\u00e8re et interne. Le pays s\u2019est dot\u00e9 d\u2019un arsenal juridique pour renforcer la lutte contre la traite des personnes. D\u00e9j\u00e0 en Ao\u00fbt 2004, le B\u00e9nin a ratifi\u00e9 le Protocole de Palerme visant \u00e0 pr\u00e9venir, r\u00e9primer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants ainsi que la Convention des Nations Unies contre la criminalit\u00e9 transnationale organis\u00e9e. Ceci, apr\u00e8s avoir ratifi\u00e9 depuis 2001, la Convention de l\u2019OIT sur les pires formes de travail des enfants. En 2006, le parlement b\u00e9ninois a adopt\u00e9 la loi sur les conditions de d\u00e9placement des mineurs et la r\u00e9pression de la traite d\u2019enfants au B\u00e9nin. La loi rend la traite des enfants ill\u00e9gale et condamne les trafiquants \u00e0 des peines de 10 \u00e0 20 ans de prison. Par ailleurs, la traite des adultes est interdite dans le code p\u00e9nal b\u00e9ninois (article 372 et suivants). Le cas \u00e9ch\u00e9ant, les tribunaux font r\u00e9f\u00e9rence aux articles du code p\u00e9nal portant sur le prox\u00e9n\u00e9tisme. De m\u00eame, les articles 499 \u00e0 504 du Code p\u00e9nal criminalisent toutes les formes de trafic de main-d\u2019\u0153uvre et certaines formes de trafic sexuel et pr\u00e9voient des peines de 10 \u00e0 20 ans d\u2019emprisonnement.<\/p>\n<p>Les serveuses de bar sont le plus souvent recrut\u00e9es sur fond de violations des dispositions l\u00e9gales en vigueur en R\u00e9publique du B\u00e9nin. En effet, si aux termes des dispositions de l\u2019article 05 de la loi n\u00b02017-05 du 29 ao\u00fbt 2017 fixant les conditions et la proc\u00e9dure d\u2019embauche, de placement de la main-d\u2019\u0153uvre et de r\u00e9siliation du contrat de travail en R\u00e9publique du B\u00e9nin \u00ab Tout employeur peut utiliser les services d\u2019un travailleur \u00e9tranger \u00bb, l\u2019article 26 de la loi n\u00b0 98-004 du 27 janvier 1998 portant code du travail en R\u00e9publique du B\u00e9nin encadre mieux cette possibilit\u00e9. \u00abPendant les deux premi\u00e8res ann\u00e9es de sa r\u00e9sidence r\u00e9guli\u00e8re sur le territoire et sous r\u00e9serve des dispositions contraires d\u2019un accord ou d\u2019une convention pass\u00e9e par la R\u00e9publique du B\u00e9nin, tout \u00e9tranger ou immigrant ne peut exercer une activit\u00e9 salari\u00e9e qu\u2019en vertu d\u2019un contrat de travail \u00e0 dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>Il ressort de cet article qu\u2019aucun \u00e9tranger ne peut valablement travailler au B\u00e9nin s\u2019il ne d\u00e9tient un permis de travail d\u00fbment d\u00e9livr\u00e9 par les autorit\u00e9s administratives comp\u00e9tentes. Ledit permis, quoique provisoire, a une dur\u00e9e de validit\u00e9 d\u2019un an, renouvelable autant de fois. Aussi, la perte de l\u2019emploi n\u2019affecte pas sa validit\u00e9 (Article 28 Code du Travail). Selon ladite loi, toute personne physique ou morale, d\u00e9sireuse d\u2019employer de la main-d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re, doit s\u2019assurer que le demandeur \u00e0 l\u2019emploi d\u00e9tient un permis de travail valide. Le non-respect de cette prescription par l\u2019employeur est constitutif d\u2019infraction pr\u00e9vue et r\u00e9prim\u00e9e par les dispositions de l\u2019article 303 du Code du Travail. Par ailleurs, le contrat de travail doit \u00eatre \u00e9crit et sign\u00e9 par les parties (employeur et employ\u00e9). Ce contrat est soumis au visa de l\u2019inspecteur du Travail sur pr\u00e9sentation du permis de travail. (Article 27 Code du Travail). Aussi, l\u2019employeur doit-il d\u00e9clarer l\u2019employ\u00e9 \u00e9tranger \u00e0 la Caisse nationale de s\u00e9curit\u00e9 sociale (CNSS).<\/p>\n<p>(1) dans un souci d\u2019anonymat et de protection des personnes, nous avons modifi\u00e9 tous les pr\u00e9noms<\/p>\n<p>Source: Matin libre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Consid\u00e9r\u00e9es comme une main d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re sous-cot\u00e9e, les serveuses de bars au B\u00e9nin notamment \u00e0 Cotonou et environs, exercent dans une situation de vuln\u00e9rabilit\u00e9, de pr\u00e9carit\u00e9. Recrut\u00e9es en provenance majoritairement de pays voisins par l\u2019interm\u00e9diaire de personnes interpos\u00e9es appel\u00e9es \u201cd\u00e9marcheurs\u201c et sur fond de tromperie, elles sont victimes de la traite des personnes au B\u00e9nin. Elles se retrouvent victimes de toutes sortes d\u2019abus et de violences en exer\u00e7ant dans les d\u00e9bits de boissons. Viols, harc\u00e8lement sexuel, violences physiques et verbales \u00e0 caract\u00e8re sexuel, prostitution forc\u00e9e\u2026Tel est le quotidien de ces filles venues majoritairement du Togo et du Nig\u00e9ria. Enqu\u00eate. Jocelyne (1) la vingtaine environ, est serveuse dans l\u2019un des bars (d\u00e9bit de boissons) les plus fr\u00e9quent\u00e9s du quartier Sik\u00e8codji en plein c\u0153ur de la ville de Cotonou (capitale \u00e9conomique du B\u00e9nin). Rencontr\u00e9e un soir du mois d\u2019avril 2023, elle confie \u00eatre dans un dilemme : partir du bar-restaurant sans percevoir un franc de ses quatre mois de salaire ou rester et se plier aux conditions du promoteur. Arriv\u00e9e dans ce bar au mois de d\u00e9cembre 2022, par le biais d\u2019un d\u00e9marcheur, il lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 une p\u00e9riode d\u2019essai d\u2019un mois. 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