La solidarité, un actif précieux même invisible …
Les entreprises évaluent leurs performances à travers leurs chiffres. Les investisseurs analysent les rendements. Les États scrutent leurs indicateurs économiques. Même nos vies personnelles paraissent parfois résumées à quelques données : un salaire, un diplôme, une fonction ou un niveau de réussite.
Nous quantifions et finissons parfois par oublier l’existence d’une richesse pourtant essentielle : la solidarité.
Sa valeur réelle ne se révèle d’ailleurs que dans les moments où tout vacille.
Lorsque la maladie frappe, lorsqu’un projet échoue, lorsqu’une activité ralentit, lorsqu’un emploi se perd. Ou, plus simplement, lorsqu’une période de doute s’installe et que les certitudes d’hier semblent soudain beaucoup moins solides.
C’est souvent à cet instant précis que l’on découvre la véritable nature de son patrimoine humain.
Il y a cet ami qui appelle simplement pour prendre des nouvelles. Ce proche qui recommande votre nom lorsqu’une opportunité se présente. Cette connaissance qui vous accorde sa confiance sans exiger de garanties particulières. Ce parent qui aide discrètement, sans bruit et sans calcul. Ces gestes peuvent paraître modestes. Ils sont pourtant d’une puissance extraordinaire.
Parce qu’ils produisent quelque chose qui ne s’achète pas : l’espérance.
Ils rappellent à celui qui traverse une période difficile qu’il demeure une personne digne d’intérêt, de confiance et de respect. Ils lui permettent parfois de tenir quelques jours de plus, quelques semaines de plus, jusqu’à ce que l’horizon s’éclaircisse à nouveau.
Nous parlons souvent de réussite individuelle. Pourtant, lorsque l’on regarde de plus près les parcours qui inspirent, on découvre rarement des victoires totalement solitaires.
Derrière chaque réussite se cachent généralement des rencontres, des encouragements, des conseils, des recommandations ou des mains tendues au bon moment.
Certaines personnes nous ouvrent une porte. D’autres nous redonnent confiance. D’autres encore nous rappellent simplement qui nous sommes lorsque nous commençons à en douter nous-mêmes.
Leur contribution n’apparaît dans aucun curriculum vitae. Elle n’est mentionnée dans aucun discours de célébration. Pourtant, elle est souvent déterminante.
Dans les sociétés africaines, la solidarité a longtemps constitué une force naturelle. Les liens familiaux, communautaires et amicaux ont permis à des générations entières de surmonter des difficultés que personne n’aurait pu affronter seul.
Cette valeur demeure aujourd’hui plus actuelle que jamais.
Car si nos économies évoluent, si nos modes de vie changent et si nos ambitions se transforment, une réalité reste inchangée : aucun être humain ne construit durablement son parcours sans l’appui d’autres êtres humains.
Nous avons tous, à un moment ou à un autre, bénéficié d’une aide qui nous a permis d’avancer. Et nous avons probablement, parfois sans même en avoir conscience, joué ce même rôle pour quelqu’un d’autre.
C’est peut-être là que réside la plus belle définition de la solidarité : cette capacité à porter les autres lorsqu’ils vacillent, avec la certitude qu’un jour, si les rôles s’inversent, quelqu’un sera là pour nous porter à notre tour.
Lorsqu’arrive la tempête, elle devient souvent la plus précieuse de toutes les richesses.
Djamila IDRISSOU SOULER
Consultante en management des organisations





