Droits. Justice. Action. Pour toutes… vraiment ?
Chaque année, il revient avec son rituel bien établi. Hé oui, comme un bouton au milieu de la figure, le 8 mars est “the date” de ce mois dédié. Et de façon aussi incontournable, il sera une fois encore, question d’égalité, d’opportunités, d’émancipation.
Mais au milieu de ces conversations nécessaires, une réalité demeure silencieuse, en marge du récit collectif, qu’il est nécessaire de mettre en relief. Je veux parler de ces filles qui évoluent à l’arrière-plan de nos vies quotidiennes, presque invisibles. Les “vidomègon”, comme on les appelle chez nous.
Des jeunes filles, parfois à peine pubères confiées à des familles avec l’espoir d’un avenir meilleur. Une promesse faite avec sincérité par des parents convaincus d’offrir une chance à leur enfant : aller en ville, apprendr et grandir autrement. Hélas, la réalité est parfois plus complexe.
Ces jeunes filles participent pleinement au fonctionnement des foyers qui les accueillent. Elles assument des tâches essentielles, prennent des responsabilités précoces. Toutefois, une question demeure rarement posée : que leur reste-t-il réellement de cet effort ?
Car bien souvent, le fruit de leur travail ne leur appartient pas, puisque les modestes rémunérations sont adressées aux familles restées au village. Et, si l’on doit reconnaître que l’intention parentale relève plus souvent de la survie que de l’abandon, il est important de relever que cette situation révèle un paradoxe profond : le travail de la plupart de ces filles est loin de représenter, un levier d’autonomie.
Le propos n’est pas d’opposer les bons et les mauvais rôles. Beaucoup de familles d’accueil font preuve d’attention, offrant un cadre stable. Certaines changeant réellement le destin d’une enfant.
Mais nous devons reconnaître qu’une société ne peut dépendre uniquement de la générosité individuelle pour garantir la dignité collective. Et peut-être est-ce là que le mois de mars nous invite à une réflexion plus exigeante.
Car parmi les femmes instruites, engagées, conscientes des enjeux d’égalité, celles qui portent ces causes dans les institutions, les organisations, les espaces de décision, combien vivent elles-mêmes avec ces présences discrètes qui rendent leur quotidien possible ? La question n’accuse pas. Elle invite à regarder avec honnêteté les contradictions sociales que nous avons parfois normalisées.
Nous aspirons à une société plus équitable. Pourtant, il arrive que cette équité commence trop tard, une fois l’âge adulte atteint, alors que les inégalités se sont déjà construites dès l’enfance.
Alors, peut-être que le véritable progrès sera atteint lorsque l’avenir d’une petite fille ne dépendra plus du sacrifice précoce de son enfance.
Alors, oui, nous pourrons parler de droits, de justice et d’action. Pour toutes. Sans exception.
Djamila IDRISSOU SOULER
Consultante en management des organisations






