BLUE LIFE N°80

À force de paraître, savons-nous encore être ?

Des masques ? Nous en portons tous, selon les circonstances. Autant de postures que de contextes. Une sorte de camouflage pour nous permettre de nous protéger, de nous adapter, de trouver notre place dans un environnement, de répondre à des attentes, de composer avec le regard des autres.

Alors, les masques sont bien arrangeants. Il y a celui que nous portons en public, devant des connaissances ou des amis qui ne sont pas tout à fait des intimes. Celui que nous ajustons face à nos collègues, à notre manager ou à toute personne dont le regard compte, d’une manière ou d’une autre, pour nous. Nous choisissons nos mots, retenons certaines de nos émotions, dissimulons parfois nos fragilités. Tout cela pour paraître présentables, voire avantageux, pour être acceptés. C’est normal, pour ne pas dire stratégique et vital. Parce qu’avouons-le, dans ce monde où réussite rime avec stratégie, être foncièrement authentique peut être périlleux, pour notre carrière, pour nos affaires.

Mais, dans ce jeu de camouflage, à quel moment l’image que nous voulons donner de nous finit-elle par prendre le dessus sur ce que nous sommes réellement ? Sommes-nous encore nous-mêmes ou continuons-nous, même dans le silence, à jouer un rôle devant notre propre conscience ? À force de nous conformer à ce que les autres attendent de nous, nous courons le risque d’intérioriser ces attentes au point de ne plus savoir où s’arrête le rôle et où commence notre véritable identité.

Car le danger, c’est que ce fameux masque social finisse par transformer notre comportement, nos paroles, nos choix. Qu’en est-il alors du masque que nous portons devant nous-mêmes ? Celui-là est sans doute le plus difficile à reconnaître, parce que nous finissons parfois par confondre ce que nous sommes avec ce que nous avons appris à montrer.

Peut-on vivre sans porter de masques ? Peut-être pas.

En réalité, je pense que le véritable enjeu n’est pas de vivre sans masque. Certaines des responsabilités que nous assumons au quotidien, en tant que dirigeants, managers ou même salariés, nous amènent à revêtir d’autres costumes et à adopter les postures qui conviennent. Nous avons nos rôles à tenir, nos pudeurs, nos façons de nous présenter au monde. Nous n’avons pas nécessairement à tout dévoiler, ni à renoncer à nous adapter aux circonstances.

L’essentiel est peut-être de savoir quand nous portons un masque… et de ne pas finir par oublier le visage qu’il recouvre. Djamila Idrissou Souler

Consultante en management des organisations

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