BLUE LIFE N°71

Une société de paradoxes !

Qu’est-ce qui peut expliquer l’enracinement de l’individualisme dans une société où nous n’avons jamais été aussi connectés, visibles et exposés ?

Quel monde de paradoxes que le nôtre, où la parole circule en continu, mais où l’écoute se fait rare. Aujourd’hui, prendre la parole sur les réseaux sociaux tout en vivant la solitude dans le monde réel est devenu un phénomène courant, presque banal, largement accepté. Chacun avance, concentré sur sa trajectoire, ses urgences, ses priorités, souvent au détriment de l’écoute réelle de l’autre. Alors, des silences s’installent durablement et deviennent de ce fait autre chose que de simples choix : de véritables stratégies de survie. Des silences polis, bien habillés, socialement acceptables. Des silences derrière lesquels se cachent fatigue morale, hypersensibilité, épuisement, mal-être diffus.

Les plus fragiles se taisent. Par peur de déranger. Par peur d’être jugés, minimisés, ridiculisés. Par peur aussi d’être renvoyés à des injonctions creuses : « sois fort », « relativise », « il y a pire ailleurs ». Par peur que leurs mots soient accueillis avec une désinvolture glaçante. Comme si la souffrance devait être spectaculaire pour être légitime. Comme si la détresse silencieuse valait moins que celle qui s’exprime bruyamment.

Hélas, dans un monde où priment la performance, la vitesse et l’image, montrer ses fragilités reste encore, trop souvent, perçu comme une faiblesse. Le décès de l’actrice Halima Gadji agit comme un électrochoc et nous oblige (une fois encore) à regarder en face une réalité plus large, plus inconfortable : celle d’une société qui s’est habituée à banaliser la douleur de ses semblables.

Comment en est-on arrivé là ? Comment avons-nous collectivement accepté que l’écoute devienne optionnelle, que l’empathie soit conditionnelle, que la vulnérabilité soit moquée ou ignorée ? Non, il ne s’agit pas ici de désigner des coupables, encore moins de culpabiliser, mais d’alerter en toute lucidité, de sensibiliser et d’appeler à la responsabilité collective. Soyons plus attentifs, prenons le temps d’écouter sans comparer, sans juger. Créons des espaces, personnels, professionnels, sociaux, où la parole peut exister sans être immédiatement questionnée, encore moins disqualifiée.

Parce que la solidarité ne devrait pas être une réaction tardive, mais une posture quotidienne.

Djamila IDRISSOU SOULER
Consultante en management
des organisations

 

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