BLUE LIFE N°77

Sortir du cadre pour trouver sa voie

Le monde du travail évolue. Une des manifestations les plus intéressantes de cette évolution est la liberté avec laquelle de nombreux professionnels osent aujourd’hui changer de trajectoire.

Pendant longtemps, une carrière réussie devait suivre une ligne droite : choisir une voie, y progresser et ne jamais en sortir. Changer de métier après quinze ou vingt ans d’expérience pouvait être perçu comme une prise de risque, voire comme un échec. Quitter une situation stable pour exercer un « métier passion » semblait difficilement compréhensible.

Ce regard est en train de changer.

L’histoire d’Astou Batoko, relatée dans le journal de Bénin TV, a suscité beaucoup d’intérêt. Après plus de quinze années à des fonctions de direction dans une entreprise publique, elle déicde de se lancer dans l’entrepreuneuriat et d’ouvir un institut de coiffure. Au Sénégal, l’histoire de Khady Diouf retient également l’attention. Diplômée en finances et lasse de chercher un emploi dans son secteur, elle opte pour le volant en devenant chauffeure vtc.

Deux parcours qui racontent la même chose : il est possible de quitter une voie socialement valorisée pour en emprunter une autre, plus proche de ses aspirations.

Ces trajectoires posent une question essentielle : à quel moment décide-t-on de cesser de vivre la carrière que les autres considèrent comme réussie pour construire celle qui nous ressemble réellement ?

Une reconversion n’efface pas les années passées ; elle les remet en mouvement. Les savoirs acquis, la discipline, la capacité à décider, à écouter, à organiser ou à créer une relation de confiance ne disparaissent pas lorsque l’on change de secteur. Ils prennent une nouvelle forme.

C’est là que les compétences transversales et les soft skills révèlent leur valeur. La curiosité permet de redevenir apprenant, l’adaptabilité de trouver ses repères, la confiance en soi de recommencer autrement. Ces qualités ne remplacent pas l’apprentissage technique du nouveau métier ; elles rendent la transition possible.

Dans nos sociétés africaines, cette évolution mérite d’être soulignée. Le statut, le titre, la stabilité et le regard de l’entourage pèsent encore dans les choix professionnels. Pourtant, les parcours se diversifient et les mentalités évoluent. Nous commençons à admettre qu’une personne peut porter plusieurs ambitions au cours d’une même vie et conjuguer plusieurs identités professionnelles.

Offrir une place aux parcours pluriels, ce n’est pas seulement permettre à des individus de s’épanouir. C’est aussi donner à nos organisations, à nos économies et à nos sociétés la possibilité de bénéficier de talents qui, autrement, seraient restés à l’étroit dans un cadre devenu trop petit pour eux.

Djamila IDRISSOU SOULER

Consultante en management des organisations

 

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