Dans le rang, place à l’excellence !
Osons le dire, sans détour. Notre scène artistique déborde de talents, c’est indéniable. Mais elle reste encore freinée par de nombreuses approximations, la retenant dans les filets de l’amateurisme et du court terme. Ainsi, à force de confondre visibilité et valeur, certains finissent par croire qu’un titre qui marche, un buzz passager ou un “je suis né dedans” suffisent à faire carrière.
L’art n’est pas un accident heureux. C’est une construction.
Peintres, musiciens, comédiens, danseurs, vous manipulez une matière rare : l’émotion. Elle ne se mesure pas, elle se ressent. Elle ne s’improvise pas non plus. Elle se travaille, se polit, se discipline. Et surtout, elle se respecte.
C’est précisément là que la proposition de Programme National d’Excellence Artistique, portée par Romuald Wadagni, vient poser un cadre clair. L’ambition est assumée : faire émerger des artistes capables de porter haut les couleurs du Bénin, ici et ailleurs. Mais cela suppose une véritable rupture. Avec les raccourcis, les carrières construites sur la facilité, et cette illusion dangereuse selon laquelle le talent brut suffit.
Le talent n’est qu’un point de départ. Jamais une finalité.
Derrière chaque grand artiste, il y a des heures invisibles, des échecs digérés, des remises en question. Des mentors écoutés, des scènes ratées, des techniques répétées jusqu’à l’obsession. Bref, un artisanat exigeant. Et cela implique de se challenger, de se mesurer aux meilleurs et parfois même d’accepter de ne pas être prêt. De refuser de faire l’impasse sur l’étape exigeante du perfectionnement. Et surtout, de comprendre une chose simple dans ce processus : le public n’est pas un acquis.
Concrètement, le dispositif prévoit la sélection rigoureuse d’un nombre limité d’artistes à fort potentiel, bénéficiant d’un accompagnement structuré et d’une rémunération pluriannuelle, conditionnée à leur progression. Une logique simple : créer les conditions du travail, de l’exigence… et de la durée.
Reste une question essentielle : que recouvre précisément la notion d’”artiste à fort potentiel” ? Les contours mériteront d’être clarifiés pour garantir la crédibilité et l’équité du dispositif.
Néanmoins, en restant dans la logique des résultats attendus, on peut déjà affirmer que le projet donnera naissance à un nouveau référentiel de légitimité artistique. Un cadre où la reconnaissance ne sera plus automatique, mais méritée. Où l’on ne distribue plus les francs de la République à la légère, mais à ceux qui auront fait leurs preuves, par leur rigueur, leur constance, leur impact.
Somme toute, le message est clair : l’excellence ne sera plus une option. Elle deviendra la norme. Et finalement, c’est une bonne nouvelle. Parce que, dans ce nouveau paysage, seuls resteront ceux qui auront accepté de transformer leur passion en métier, leur don en discipline… et leur ambition en œuvre.
Djamila IDRISSOU SOULER
Consultante en management
des organisations






